Publié le 15 mars 2024

La clé pour réussir vos rénovations à Montréal n’est pas la chance, mais une gestion de projet rigoureuse qui anticipe les risques locaux spécifiques avant même le premier coup de marteau.

  • Standardisez vos demandes de soumissions pour comparer des offres équivalentes.
  • Intégrez dès le départ les coûts cachés prévisibles du marché montréalais (amiante, mises aux normes électriques).
  • Maîtrisez le processus de permis de votre arrondissement pour éviter des arrêts de chantier coûteux.

Recommandation : Adoptez une mentalité de gestionnaire de projet pour transformer l’incertitude en un plan d’action rentable et sécurisé.

Lancer un projet de rénovation de 50 000 $ à Montréal est une aventure excitante, mais elle s’accompagne souvent d’une crainte bien réelle : celle de voir le budget et les délais déraper. Vous avez probablement entendu ces histoires de chantiers qui s’éternisent, de factures qui doublent et de conflits avec les entrepreneurs. La sagesse populaire conseille de faire plusieurs soumissions et de prévoir une contingence de 15 %. Si ces conseils sont valables, ils sont largement insuffisants face aux spécificités du parc immobilier montréalais, qu’il s’agisse de vieux duplex du Plateau ou de condos récents à Griffintown.

La vérité, c’est que la plupart des dépassements de coûts ne sont pas de réels « imprévus ». Ce sont des risques mal évalués. Et si la véritable clé n’était pas de réagir aux problèmes, mais de les anticiper en adoptant la posture d’un véritable gestionnaire de projet (PMP) ? Au lieu de subir le processus, il s’agit de le piloter. Cette approche consiste à définir une ligne de base solide pour votre projet – périmètre, coûts, délais – et à identifier proactivement les menaces spécifiques au contexte local avant qu’elles ne fassent dérailler votre budget.

Cet article vous guidera à travers cette méthodologie. Nous allons décortiquer, étape par étape, comment transformer votre projet de rénovation en une opération maîtrisée et rentable. De l’ordre logique des travaux à la navigation dans le dédale des permis municipaux, en passant par l’analyse du retour sur investissement de vos choix, vous découvrirez comment sécuriser votre investissement et dormir sur vos deux oreilles.

Pour vous accompagner dans cette démarche structurée, ce guide explore les questions essentielles que tout propriétaire montréalais doit se poser. Vous trouverez ci-dessous un aperçu des thèmes que nous aborderons pour vous donner les outils d’un véritable chef de projet.

Pourquoi l’ordre des travaux est-il crucial pour ne pas perdre 3 semaines de chantier ?

En gestion de projet, on appelle cela le « chemin critique » : une séquence d’activités qui détermine la durée totale du projet. En rénovation, ignorer cet ordre logique est la recette garantie pour des délais coûteux et une frustration maximale. Penser que l’on peut commencer la peinture alors que l’électricien n’a pas fini de passer ses fils est une illusion. Chaque erreur de séquençage peut entraîner des reprises, des temps d’attente inutiles et des surcoûts. La hausse constante des prix des matériaux, même légère, rend chaque semaine perdue encore plus onéreuse. D’ailleurs, les coûts de rénovation résidentielle ont augmenté de 0,5% rien qu’au dernier trimestre 2024 au Canada, une tendance qui souligne l’importance de ne pas perdre de temps.

La clé est d’anticiper les dépendances et, surtout, les délais d’approvisionnement. Commander vos fenêtres sur mesure (souvent 6 mois de délai) ou vos armoires de cuisine personnalisées (jusqu’à 3 mois) doit être votre toute première action, parfois même avant d’avoir finalisé le choix de l’entrepreneur. Attendre la démolition pour passer ces commandes critiques, c’est accepter de mettre votre chantier sur pause pendant des semaines, voire des mois, tout en continuant de payer les frais courants.

L’ordre optimal des travaux au Québec suit une logique implacable dictée par le Code du bâtiment et le bon sens. Après avoir sécurisé vos permis et vos matériaux à long délai, la séquence typique est la suivante :

  1. Démolition et test d’amiante : Obligatoire pour les bâtiments construits avant 1990, cette étape doit être faite avant toute autre intervention.
  2. Structure et fondations : Le squelette de votre projet.
  3. Plomberie brute et électricité : Les « artères » et le « système nerveux » de la maison, à installer avant de refermer les murs. Ces travaux doivent respecter les normes des corporations (CMMTQ, CMEPQ).
  4. Isolation et ventilation : Crucial pour le confort et l’efficacité énergétique, souvent en lien avec les critères du programme Rénoclimat.
  5. Fermeture des murs (gypse) et tirage de joints : L’étape qui transforme un squelette en pièces définies.
  6. Finitions : C’est seulement à la fin que l’on procède à la peinture, à la pose des planchers, à l’installation des armoires et des appareils.

Respecter cette séquence n’est pas une contrainte, c’est votre meilleure assurance contre les dépassements de délais. Un chantier bien séquencé est un chantier fluide où chaque corps de métier peut travailler efficacement sans attendre le précédent.

Comment obtenir des soumissions justes et comparer des pommes avec des pommes ?

L’erreur la plus fréquente des propriétaires est de demander des soumissions sur la base d’une idée vague. Résultat : vous recevez trois documents incomparables, l’un incluant des matériaux haut de gamme, l’autre omettant la gestion des débris, et le troisième restant flou sur les garanties. Pour éviter ce piège, la solution est de standardiser votre demande. Avant de contacter le premier entrepreneur, vous devez rédiger un « cahier des charges » précis. Ce document, même simple, doit décrire le plus clairement possible les travaux à réaliser, les matériaux souhaités (ou une gamme de qualité), et vos attentes en termes de finitions. C’est en fournissant exactement le même document à chaque entrepreneur que vous obtiendrez des offres réellement comparables.

Une fois les soumissions en main, votre travail d’analyse commence. Il ne s’agit pas de choisir la moins chère, mais celle qui offre le meilleur rapport qualité-prix-sécurité. Une soumission anormalement basse cache souvent des oublis, des matériaux de piètre qualité ou un entrepreneur non assuré. Utilisez une grille d’évaluation pour objectiver votre décision.

Le tableau ci-dessous, inspiré des meilleures pratiques du secteur, vous donne une structure pour évaluer chaque soumission de manière systématique. Pondérer chaque critère vous aide à prendre une décision basée sur des faits, pas seulement sur une impression.

Grille d’évaluation des soumissions d’entrepreneurs
Critère d’évaluation Points (/100) Questions à poser
Licences et assurances 30 Licence RBQ valide, assurance responsabilité 2M$, inscription CNESST
Détail de la soumission 25 Ventilation main d’œuvre/matériaux, contingences détaillées
Références locales 20 3 projets similaires dans votre quartier, coordonnées vérifiables
Calendrier réaliste 15 Dates précises par phase, pénalités de retard
Garanties offertes 10 Garantie GCR, garantie travaux 2 ans minimum

Cette approche rigoureuse est votre meilleure défense contre les mauvaises surprises. Demander à voir la licence RBQ n’est pas suffisant ; il faut la vérifier en ligne. S’assurer que l’assurance responsabilité civile est d’au moins 2 millions de dollars est un standard non négociable à Montréal. Un entrepreneur sérieux vous fournira ces informations sans hésiter.

Main tenant plusieurs documents de soumissions avec surligneurs et notes comparatives

Enfin, n’oubliez pas le facteur humain. Appelez les références fournies. Demandez si les délais ont été respectés, si la communication était fluide et si le chantier était propre. Cet effort de vérification en amont vous évitera des mois de stress et des milliers de dollars de dépassements.

Plan d’action : validez votre cahier des charges en 5 étapes

  1. Description des travaux : Listez chaque action à réaliser pièce par pièce (ex: « Cuisine : déposer les armoires existantes, préparer les murs, installer 12 nouvelles boîtes d’armoires modèle X »).
  2. Spécification des matériaux : Précisez les marques, modèles ou gammes de qualité pour les éléments clés (planchers, robinetterie, comptoirs). Si indécis, demandez une option A et B.
  3. Exclusions claires : Mentionnez ce qui n’est PAS inclus et que vous gérez vous-même (ex: « Achat des électroménagers par le client », « Peinture réalisée par le client »).
  4. Demandes administratives : Exigez que la soumission détaille qui gère les demandes de permis, le coût associé, et la gestion des déchets.
  5. Échéancier souhaité : Indiquez vos dates de début et de fin idéales, tout en demandant à l’entrepreneur de proposer son propre calendrier réaliste.

Rénovation à Montréal : quels sont les 3 « extras » cachés qui plombent souvent la facture ?

Le fameux fonds de prévoyance de 15% est souvent présenté comme la solution magique aux imprévus. En réalité, une bonne gestion de projet vise à réduire la part d’imprévu au minimum. À Montréal, de nombreux « extras » sont si fréquents qu’ils devraient être considérés comme des risques prévisibles et intégrés à votre budget initial, plutôt que d’être laissés au hasard. En voici trois parmi les plus courants, qui peuvent facilement transformer un projet de 50 000 $ en une facture de 65 000 $.

1. La décontamination d’amiante : Si votre bâtiment date d’avant 1990, la probabilité de trouver de l’amiante dans le plâtre, les tuiles de plancher en vinyle ou l’isolant de vermiculite est très élevée. La loi exige un test avant de commencer les travaux de démolition. Une analyse des permis de construction à Montréal révèle que ce poste de dépense est l’un des plus courants et sous-estimés. Prévoir une ligne budgétaire de 3 000 $ à 5 000 $ pour la décontamination par une entreprise spécialisée n’est pas pessimiste, c’est simplement prudent.

2. La mise aux normes électriques : Vous ne prévoyez que de déplacer quelques prises dans la cuisine ? Attention. Dès qu’un mur est ouvert, le Code de l’électricité du Québec peut exiger une mise aux normes complète du circuit concerné. Dans un vieux duplex montréalais avec un câblage vieillissant, cela peut rapidement signifier le remplacement d’un panneau électrique, l’ajout de disjoncteurs différentiels (DDFT) et la mise à la terre de tout le logement. Ce qui semblait être un petit ajustement peut se transformer en une dépense imprévue de 4 000 $ à 7 000 $. Un bon entrepreneur devrait vous avertir de ce risque lors de la soumission.

3. Les frais d’occupation du domaine public : Cet « extra » est typique des arrondissements denses comme le Plateau-Mont-Royal, Rosemont ou Ville-Marie. Vous aurez besoin d’un conteneur pour les déchets de démolition ? S’il doit être placé dans la rue, vous aurez besoin d’un permis d’occupation du domaine public. Selon l’arrondissement et la saison, ces frais peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars par semaine. Ajoutez à cela la réservation de vignettes de stationnement pour les camions des ouvriers, et la facture logistique peut grimper rapidement. Ne pas prévoir ces permis peut entraîner des amendes salées et un arrêt de chantier.

Ces trois exemples illustrent parfaitement la différence entre subir et piloter. En les identifiant en amont, vous pouvez les budgéter et les discuter avec votre entrepreneur, transformant une mauvaise surprise potentielle en une dépense planifiée et maîtrisée.

Permis ou pas de permis : ce que la ville ne vous dit pas clairement sur les petits travaux

La question des permis est l’une des plus grandes sources de confusion et de stress pour les propriétaires montréalais. Le site de la Ville est une mine d’informations, mais certains points manquent de clarté et peuvent mener à des erreurs coûteuses. La règle générale semble simple : les travaux cosmétiques n’ont pas besoin de permis, les travaux structurels si. Mais la frontière est souvent floue. Comme le résume la Ville de Montréal dans son guide, « Un permis est souvent nécessaire pour effectuer des travaux. Les facteurs suivants peuvent influencer les normes que vous devez respecter : Type de travaux, nature de l’immeuble, usage de l’immeuble ». Cette affirmation souligne que le contexte est roi.

Une croyance populaire est qu’on peut abattre une cloison sans permis tant qu’elle n’est pas porteuse. C’est faux. Si cette modification, même mineure, change le nombre de pièces de votre logement (par exemple, transformer une chambre fermée en aire ouverte), un permis est requis. Dans un immeuble en copropriété, cette règle est encore plus stricte : vous devez non seulement obtenir le permis de l’arrondissement, mais aussi l’approbation écrite du syndicat de copropriété, car vous touchez à la description de votre partie privative.

Alors, que peut-on vraiment faire sans se poser de questions ? La liste est en fait assez restreinte et se limite à l’entretien et à l’embellissement de surface. Vous pouvez repeindre vos murs, remplacer vos revêtements de sol par un matériau équivalent sans toucher à la structure sous-jacente, changer les poignées de portes ou les plaques décoratives de vos interrupteurs. Vous pouvez même remplacer vos armoires de cuisine, à la condition expresse de ne déplacer ni l’évier, ni le lave-vaisselle, ni aucune sortie électrique. Dès que vous touchez à la plomberie ou à l’électricité, vous entrez dans la zone grise qui nécessite très probablement un permis.

Tenter de contourner le processus peut sembler tentant pour économiser du temps et de l’argent, mais les risques sont bien réels. Lors de la revente de votre propriété, un inspecteur en bâtiment diligent identifiera les travaux réalisés sans permis et non conformes au Code. Cela peut mener à une négociation agressive du prix à la baisse, à l’obligation de faire les corrections à vos frais, voire à l’annulation pure et simple d’une offre d’achat. Sans compter les amendes municipales qui peuvent s’élever à plusieurs milliers de dollars si un voisin se plaint et qu’un inspecteur constate l’infraction.

Cuisine ou sous-sol : quel projet offre le meilleur retour sur investissement dans Villeray ?

Avec un budget de 50 000 $, le propriétaire montréalais est souvent confronté à un arbitrage stratégique : vaut-il mieux investir dans une cuisine spectaculaire ou dans l’aménagement d’un sous-sol pour créer une chambre ou une salle familiale supplémentaire ? La réponse dépend fortement de votre quartier et du type d’acheteurs potentiels. Dans un quartier familial comme Villeray, l’analyse du retour sur investissement (ROI) est cruciale pour que votre dépense se transforme en plus-value et non en coût irrécupérable.

Commençons par la cuisine. C’est souvent le cœur de la maison et un élément clé dans la décision d’achat. Selon les données du marché québécois, prévoir un budget réaliste est essentiel ; une rénovation de cuisine clé en main coûte entre 30 000 $ et 60 000 $. Pour un investissement de 50 000 $, vous pouvez viser le haut de gamme : comptoirs en quartz, armoires sur mesure, électroménagers de qualité et un îlot central. L’analyse du marché immobilier spécifique à Villeray montre qu’une telle rénovation est très valorisée. Elle peut augmenter la valeur de revente de 35 000 $ en moyenne, offrant un ROI d’environ 70%. C’est un investissement relativement sûr qui améliore grandement l’attrait et la fonctionnalité de la propriété.

L’aménagement du sous-sol, quant à lui, est une stratégie différente. Il ne s’agit pas seulement d’esthétique, mais de la création de pieds carrés habitables supplémentaires. Dans un quartier où les familles cherchent de l’espace, transformer un sous-sol humide en une troisième chambre avec une petite salle de bain peut radicalement changer la cible de votre propriété. Un projet de 50 000 $ peut couvrir l’isolation, la division, l’électricité, la plomberie pour une nouvelle salle d’eau et la finition. L’impact sur la valeur est souvent plus direct : à Villeray, l’ajout d’une chambre conforme peut augmenter la valeur de revente de 40 000 $ au minimum. Le ROI est donc potentiellement plus élevé (80% et plus), car vous répondez à un besoin fondamental du marché local : l’espace.

Le choix dépend donc de votre objectif. La cuisine est un pari sur la séduction et la qualité de vie immédiate, avec un bon retour financier. Le sous-sol est un pari sur la fonctionnalité et l’augmentation de la capacité d’accueil, avec un potentiel de plus-value souvent supérieur dans les quartiers familiaux. La meilleure approche est d’analyser les comparables vendus récemment dans votre rue : les acheteurs ont-ils privilégié les duplex avec des cuisines modernes ou ceux offrant une chambre de plus ?

Peinture, armoires, planchers : quels travaux pouvez-vous faire légalement sans rien demander ?

La tentation est grande de se lancer dans des « petits travaux » sans passer par la case permis, perçue comme une lourdeur administrative. Cependant, pour éviter des complications futures, il est primordial de connaître la liste exacte des interventions que vous pouvez réaliser en toute légalité sans aucune autorisation de votre arrondissement. Ces travaux sont qualifiés de « maintien d’acquis » ou de « cosmétiques », car ils ne modifient ni la structure, ni l’usage, ni la sécurité du bâtiment.

Voici une liste claire et non exhaustive des travaux généralement exemptés de permis à Montréal :

  • La peinture intérieure et la pose de papier peint : Vous pouvez changer les couleurs de toutes vos pièces sans restriction.
  • Le remplacement des revêtements de sol : Vous pouvez enlever un vieux tapis pour poser un plancher flottant, ou remplacer un linoléum usé par de la céramique, à condition de ne pas modifier la structure du plancher (poutres, solives).
  • Les réparations de plâtre mineures : Boucher des trous et des fissures dans les murs en gypse est considéré comme de l’entretien.
  • Le remplacement d’éléments de finition : Changer les plinthes, les cadrages de portes et de fenêtres, ou les poignées de porte est parfaitement autorisé.
  • Le remplacement d’armoires de cuisine ou de salle de bain : C’est un point crucial. Vous pouvez remplacer des armoires existantes par de nouvelles de dimensions similaires, mais uniquement si vous ne modifiez pas l’emplacement de la plomberie (évier, lave-vaisselle) ou des prises électriques. Le projet doit rester un simple changement de « mobilier fixe ».
  • Le remplacement des appareils sanitaires : Changer une toilette ou un lavabo pour un nouveau modèle au même endroit ne requiert pas de permis.

Il est important de comprendre la logique sous-jacente : dès qu’une intervention touche aux systèmes vitaux de la maison (structure, plomberie, électricité, ventilation) ou modifie l’agencement des pièces, un permis devient nécessaire. Par exemple, installer une hotte de cuisine avec une nouvelle sortie vers l’extérieur requiert un permis car vous percez l’enveloppe du bâtiment. De même, installer un plancher chauffant électrique sous votre nouvelle céramique exige l’intervention d’un maître électricien et, souvent, un permis électrique.

En résumé, si vos travaux visent à « rafraîchir » l’apparence de votre intérieur sans en altérer la fonction ou la sécurité, vous êtes probablement dans la zone sécuritaire. En cas de doute, un simple appel au comptoir des permis de votre arrondissement vous évitera bien des maux de tête. C’est un investissement de 15 minutes qui peut vous sauver de milliers de dollars en amendes ou en travaux correctifs.

Convertir un 5 1/2 en deux 3 1/2 : est-ce une stratégie payante pour votre duplex ?

La subdivision d’un grand logement en deux unités plus petites est une stratégie d’optimisation locative qui a longtemps été populaire à Montréal pour augmenter les revenus. Cependant, face à la crise du logement familial, de nombreux arrondissements ont durci leur réglementation pour préserver les grands appartements. Avant même de calculer la rentabilité, la première étape non négociable est de valider auprès de votre arrondissement si vous avez les « droits acquis » pour une telle conversion. Sans cette validation, tout le projet est mort-né.

Si la conversion est autorisée, il faut alors passer en mode « gestion de projet » et évaluer l’opération comme un véritable plan d’affaires. L’investissement est substantiel et va bien au-delà de la simple pose d’un mur. Une analyse de rentabilité typique pour un tel projet révèle des coûts souvent sous-estimés. Voici une ventilation réaliste des dépenses à prévoir :

  • Création de deux cuisines complètes : Environ 30 000 $
  • Création de deux salles de bain complètes : Environ 20 000 $
  • Séparation des compteurs Hydro-Québec : Environ 3 000 $
  • Insonorisation conforme entre les unités : Un mur mitoyen doit respecter des normes strictes. Prévoir au moins 8 000 $
  • Création d’une deuxième entrée conforme : Doit respecter le code du bâtiment en matière de sécurité incendie. Coût estimé : 15 000 $

Le budget total estimé pour une telle conversion avoisine donc les 76 000 $, bien au-delà des 50 000 $ initialement prévus. C’est un projet d’une autre envergure.

Face à cet investissement, quel est le gain ? Imaginons que votre 5 1/2 se loue 1 500 $ par mois. Après conversion, vous pourriez louer chaque 3 1/2 pour 1 100 $, générant ainsi un revenu total de 2 200 $. Le gain mensuel est de 700 $, soit 8 400 $ par an. En divisant l’investissement total (76 000 $) par le gain annuel (8 400 $), on obtient un retour sur investissement sur une période d’environ 9 ans, sans compter la potentielle augmentation de la valeur de l’immeuble.

La décision est donc purement financière et stratégique. Êtes-vous prêt à investir une somme importante pour un retour à long terme ? Cette stratégie est-elle plus avantageuse qu’une simple rénovation qualitative de votre 5 1/2 qui pourrait attirer des locataires plus stables et augmenter sa valeur locative sans un investissement aussi lourd ? La réponse n’est pas universelle et demande une analyse fine de votre situation financière et des spécificités du marché locatif de votre quartier.

À retenir

  • Adoptez une mentalité de gestionnaire de projet : anticipez, planifiez et pilotez au lieu de subir les événements.
  • Les « imprévus » les plus coûteux à Montréal (amiante, électricité) sont souvent des risques prévisibles qui doivent être budgétés.
  • Maîtrisez le processus de permis de votre arrondissement. C’est un outil de protection pour votre investissement, pas un obstacle.

Comment naviguer le dédale des permis de la Ville de Montréal sans devenir fou ?

Le processus d’obtention de permis à Montréal peut sembler intimidant, un labyrinthe de formulaires, de plans et de règlements. Pourtant, voir le permis non comme une corvée mais comme une étape de validation et de sécurisation de votre projet change complètement la perspective. Un permis garantit que vos travaux respectent le Code du bâtiment, assurant ainsi la sécurité et la conformité de votre investissement. C’est une protection pour vous, pour les futurs occupants et pour la valeur de votre bien.

La clé pour naviguer ce processus sans y perdre la raison est une préparation méticuleuse. Arriver au comptoir des permis (ou soumettre en ligne) avec un dossier incomplet est la garantie de retards et de frustration. Avant même de faire votre demande, assurez-vous de rassembler l’ensemble des documents requis. Un dossier complet et bien monté accélère considérablement le processus d’analyse. La patience est également de mise ; l’étude d’une demande de permis pour tous types de bâtiments prend plus de 60 jours selon la Ville de Montréal, un délai à intégrer absolument dans votre échéancier global.

La liste des documents peut varier selon la complexité et l’emplacement de votre projet (par exemple, un secteur patrimonial nécessitera une approbation PIIA), mais un dossier de base inclut généralement :

  1. Un certificat de localisation récent (moins de 10 ans).
  2. Des plans détaillés à l’échelle de l’existant et du projeté.
  3. Un devis descriptif des travaux et des matériaux utilisés.
  4. Le formulaire de demande dûment rempli et signé.
  5. Une procuration si la demande est faite par un tiers (votre entrepreneur ou architecte).
  6. Les plans signés et scellés par un architecte ou un ingénieur si les travaux sont de nature structurelle.

L’arme secrète du propriétaire averti : mandater un technologue ou un architecte pour gérer les permis. Pour un projet de 50k, leur sceau accélère le processus et l’analyse coût/bénéfice est positive.

– Linéaire Construction, Guide des permis de rénovation à Montréal

Ce conseil d’expert est fondamental. Pour un projet de l’envergure de 50 000 $, déléguer la gestion des permis à un professionnel (architecte, technologue) n’est pas une dépense, c’est un investissement. Ces experts parlent le même langage que les inspecteurs de la ville, savent exactement quels documents fournir et comment les présenter. Leur sceau sur les plans confère une crédibilité immédiate à votre dossier, réduisant les allers-retours et accélérant l’approbation. Le coût de leurs honoraires est souvent largement compensé par le temps gagné et le stress évité.

Pour transformer cette étape en un processus fluide, il est essentiel de bien vous préparer en maîtrisant la démarche complète pour naviguer le système de permis montréalais.

En définitive, piloter un projet de rénovation de 50 000 $ à Montréal avec succès repose moins sur la chance que sur la méthode. En adoptant la rigueur d’un gestionnaire de projet, vous transformez les risques en éléments planifiés et le stress en contrôle. La prochaine étape logique est de mettre en pratique cette approche en appliquant cette grille de lecture à votre propre projet, dès aujourd’hui.

Questions fréquentes sur Comment planifier 50 000 $CAD de travaux sans exploser son budget ni ses délais ?

Puis-je déplacer une cloison non porteuse sans permis?

Non, même pour une cloison non porteuse, un permis est requis si cela modifie le nombre de pièces. De plus, l’approbation du syndicat de copropriété est obligatoire en condo.

Quels travaux peuvent vraiment se faire sans permis?

Uniquement les travaux cosmétiques : peinture intérieure, remplacement de revêtements de sol sans modification de structure, changement des plaques décoratives des prises électriques, remplacement d’armoires sans toucher à la plomberie.

Quel est le risque de faire des travaux non déclarés?

Lors de la revente, un inspecteur peut identifier les travaux non conformes, entraînant une négociation à la baisse du prix ou l’annulation de l’offre d’achat. Les amendes peuvent aussi atteindre plusieurs milliers de dollars.

Rédigé par Valérie Archambault, Architecte membre de l'OAQ spécialisée en patrimoine montréalais et réglementation municipale. Elle cumule 14 ans d'expérience dans la rénovation de Shoebox et de Plex, naviguant avec aisance les exigences des CCU d'arrondissement.